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2 élèves du club de français du lycée public J. RABEMANANJARA remportent la 4ème édition du concours des plaidoiries de Tamatave

Onjaniaina Célia Sidonie RAZAFINDRAVELO (Seconde) et Nirina Heriniaina Antonio RANAIVOSON (Terminale) ne cachent pas leur joie d’avoir remporté le premier prix. Ils vont participer pendant une semaine à la prochaine Université de la Paix qui se tiendra à Caen en juillet 2015.

29, mars 2015. par | Webmestre 0 commentaire(s).



C’est la 4ème fois que l’Institut international des droits de l’homme et de la paix (2idhp) organise le concours des plaidoiries. Cette année ce sont 7 établissements qui ont participé à la manifestation.
Né en 2012, ce concours suscite chaque fois un engouement de plus en plus important. Cette année encore, le 2idhp s’est associé à la Région Atsinanana, au Lycée Français de Tamatave, à l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), à l’Ambassade de France à Madagascar et à la Région Basse-Normandie pour mettre en place cet évènement.

Eveline TETELIN, leur professeur de français, ainsi que Léa BOCQUELET et Nicolas SAFFROY, leurs Animateurs En Langue Française (AELF) sont eux aussi très heureux que ces deux élèves qui fréquentent le Club de français de l’établissement et qui sont inscrits à la seconde édition de la Compétition Nationale de Français aient remporté le premier prix du concours des plaidoiries 2015. C’est une fierté pour ce lycée public dont les enseignants de français ne ménagent pas leurs efforts pour que leurs élèves s’expriment convenablement tant à l’oral qu’à l’écrit dans cette langue.

Explications sur le choix du sujet  :
Tout le monde s’accorde à dire que les incessantes coupures d’électricité de la JIRAMA (Electricité et Eau de Madagascar) ont sans cesse défrayé la chronique. Madagascar n’a jamais enregistré, en matière d’énergie, autant de coupures d’électricité. Tant bien que mal, les usagers de la JIRAMA ont tenté d’impulser le changement au risque d’explosion sociale et recours aux forces de l’ordre. Ce thème a retenu notre choix car c’est un terrain de choix pour justifier que sans lumières, l’existence d’un être humain relève du néant ; la dégradation de son existence est totale.

Documents utilisés pour rédiger la plaidoirie :

  • Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
  • Amnesty International
  • Faits Divers
  • Des brèves sur les problèmes relatifs au délestage à Madagascar

Recherches personnelles :

  • Délestage à Madagascar
  • Avis sur l’insécurité à Madagascar

Le script de la plaidoirie :

LA GUERRE DES LUMIERES A MADAGASCAR !
« L’heure est au bilan et les enjeux sont de taille !
Si nous sommes devant vous, ici et maintenant, c’est loin d’être le fruit du hasard : c’est un choix réfléchi ! Certes, les responsabilités sont lourdes de conséquences car c’est un thème très sensible et épineux, le chemin est périlleux ! Mais nous avons pris notre courage à deux mains ! Avoir osé, c’est l’essentiel !
Aujourd’hui, en évacuant toutes nos rancœurs, je vous renvoie à votre bon sens et je vais m’adresser plus particulièrement à tous les usagers de la JIRAMA (Electricité et Eau de Madagascar) ! Comment avons-nous vécu la situation il y a un an ?
Vos visages s’illuminent et vos souvenirs sont encore vivaces et tenaces ! Tant mieux ! Mais le tableau que je vais brosser est très sombre !
Je vous invite tous à revivre les moments forts où nous avons été, où nous sommes encore témoins d’incessantes coupures d’électricité : une ténébreuse affaire (sans faire de jeu de mots), n’est-ce pas ?
En rendant présents ces moments intenses, nous pensons encore en mémoire le leitmotiv à la une des journaux : « Le délestage, tel un fléau, frappe incessamment dans tous les quartiers. » (2 fois)
Presque dans toute l’île, il a fallu réduire, à tour de rôle, la charge d’un réseau électrique regroupant quelques quartiers.
Alors, il a fallu déclarer la guerre des lumières. Et à l’heure d’aujourd’hui, de guerre lasse, nous intervenons à ce que les échos de ces souffrances inhumaines et dégradantes pour l’homme résonnent et interpellent notre conscience.
Mesdames et messieurs les membres du jury !
Nous sommes les messagers des usagers de la JIRAMA, nous sommes leurs voix !
Nous portons à la connaissance de tout un chacun (en fait c’est un secret de polichinelle) que le bilan de la guerre est lourd ! Chaque usager de la JIRAMA a payé un lourd tribut à cette cause. C’est une guerre qui se veut être prométhéenne, en rétablissant les lumières à la race humaine. Courroucées, les ténèbres continuent d’affliger l’humanité de tous les maux inimaginables et aliénant tous les droits de l’homme. Aujourd’hui, nous témoignons que ces maux ont atteint au plus haut degré les droits et la dignité de l’homme et ces atteintes sont des plus sophistiquées !
D’ores et déjà, nous stigmatisons l’état d’extrême indigence d’un grand nombre de la population. Elle est réduite à une situation d’extrême pauvreté et ne dispose plus de ressources matérielles suffisantes et indispensables à sa survie. Elle vit dans des conditions qui laissent à désirer, qui ne lui permette plus d’avoir une vie normale, d’exister dignement selon les droits légitimes et vitaux de la personne humaine et qui le condamnent à survivre péniblement au jour le jour !
Eh oui, des minutes, des heures, des journées entières de coupures ont cette force d’anéantissement ; anéantir toute une vie humaine ! Dans la déclaration Universelle des Droits l’Homme, dans son alinéa premier, il est stipulé : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant. » Nous venons de constater que les usagers de la JIRAMA sont privés de leur droit le plus élémentaire et ils endossent le rôle de victimes en permanence.
Mesdames, messieurs les enseignants !
Je m’adresse plus particulièrement à vous, sans perdre de vue que vous êtes aussi les victimes et à travers vous, il y a d’autres victimes !
Avez-vous pu réaliser l’impact de ces coupures sur la scolarité des élèves et des étudiants ? Vous allez répondre par l’affirmative ! Voici les grandes lignes de la soirée typique de l’élève et de l’étudiant à Tamatave. Véridiquement et en général, l’électricité revient à peu près vers 23 heures, coupée à 18 heures à la sortie de classe. Certains parents en ont parlé ouvertement à qui de droit car cela leur a fendu le cœur de voir leurs enfants travailler à la clarté de bougies pour se retrouver finalement chez l’ophtalmologue. Et encore, ce n’est pas dans tous les foyers qu’on voit des bougies se consumer ! Et sans surprise, les résultats scolaires sont catastrophiques : les élèves et les étudiants sont injustement sanctionnés. Mais il ne faut pas tout mettre sur le compte des coupures, il faut faire la part des choses ! Pensez-vous que là l’éducation a visé au plein épanouissement de la personnalité humaine ? C’est la faute aux longues coupures de l’électricité !
Sur le plan social, le ton monte et la grogne semble difficile à contenir. Un climat d’insécurité s’instaure, le banditisme prend de l’ampleur. Cette situation est indissociable des coupures fréquentes et qui pourrissent la vie des gens surtout les soirs ! L’insécurité à Madagascar atteint des niveaux record, les conditions de sécurité sont très dégradées ; toutes les couches de la population sont touchées ! Un noir de jais, des pluies torrentielles la nuit (surtout à Tamatave) réunissent les conditions nécessaires aux cambrioleurs. La principale cible des attaques meurtrières concerne les maisons et les quartiers, que vous soyez nantis ou nécessiteux. Or, tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Le peuple est privé de vie ! Tenez, la vie nocturne d’antan est révolue ! Les gens ne risquent plus leur vie en organisant des sorties nocturnes, au contraire, ils se barricadent chez eux le soir venu ! La vie nocturne le long de la plage n’est que des souvenirs lointains ! C’était une vie pleine de vie, croquée à belles dents et constituant le charme de toutes les zones côtières malgaches ! Les habitations deviennent des prisons dorées ou des enfers selon la position sociale !
« Signalez les délestages chez vous, la durée et l’endroit, ne payons plus la facture de la JIRAMA mais n’acceptons point que l’électricité soit coupée à cause de non-paiement de facture. »
Le paradoxe est là ! Facture payée ou pas, elle coupée l’électricité !
Tels sont, entre autres, les conseils que se donnent les usagers !
A Tamatave, placardées de-ci, de-là, pour les plus osés, des affiches portant la mention, généralement sur les véhicules roulants, « La JIRAMA, y en a marre ! »
Sinon, des complaintes fusent de partout :
- « Je suis poissonnier ! Il n’y a plus rien à faire ! Les poissons sont avariés ! Que vais-je devenir ? »
- « Je suis coiffeuse ! C’est tragique ce qui m’arrive ! »
- « Je suis le responsable d’un cybercafé ! Mes matériels sont défectueux à cause de la sur- tension quand le courant revient, s’il revient ! »
Et d’autres encore, et encore et encore !
Sur le plan national, les pertes socio-économiques causées par les coupures de l’électricité sont incommensurables partout à travers l’île !
Des plus petits aux plus grands, des grandes usines et industries jusqu’aux salons de coiffure ou les cybercafés, en passant par les bureaux ou les poissonneries, toute l’économie de Madagascar est dans le marasme total car faute d’énergie elle ne peut pas être compétitive !
Mesdames et messieurs ! »
C’est un crime monstrueux, incompréhensible et intolérable, plus grand chaque jour, perpétré contre les usagers de la JIRAMA !
Nous avons déjà rompu le silence !
Nous nous sommes déjà manifestés !
Nous avons déjà franchi le cap du tolérable en matière de lumières !
QUE RESTE- T- IL A FAIRE ? (2 fois)
Certes, la gabegie au sein de la JIRAMA a provoqué des débats forts intéressants allant dans le sens de la restauration de l’électricité. La politique énergétique de Madagascar est au centre de tout débat : individuel, socio-économique, politique, etc. En un mot, il consiste aujourd’hui de s’engager dans la transition énergétique et sur l’utilisation du fuel lourd qui est moins onéreux et qui est produit localement à Madagascar (Tsimiroro). Des efforts sont déployés sans cesse : regroupés en associations ou sur les réseaux sociaux, des groupes comme « Les malgaches contre les délestages » sur facebook voient le jour et tentent de s’organiser pour dénoncer et agir contre cette mesure antiéconomique !
Si les zones urbaines se plaignent de ces délestages sans fin, les ruraux quant à eux, n’ont pas l’habitude de se plaindre pour la bonne raison qu’ils n’ont même pas l’électricité ; seule une infime partie (4%) des zones rurales est électrifiée actuellement à Madagascar.
Mesdames et messieurs les membres du jury !
Désormais, c’est une affaire d’Etat, et nous pensons que toutes les stratégies sont en train de se déployer pour débloquer toutes les situations mises en veilleuse.
Les solutions que nous proposons sont juste humanitaires et vont ainsi dans le sens de la défense des droits humains ! Il est clair que sans lumières, l’existence entière de l’homme se trouve dégradée, nous en avons eu la confirmation. Alors, dans cette optique humanitaire, les efforts doivent être orientés vers les zones rurales de Madagascar. L’objectif est d’arriver à électrifier un grand nombre de villages malgaches. Des êtres humains s’y trouvent. Allons-nous encore sombrer dans des atermoiements et courir le risque d’explosion sociale rurale ? La situation de délestage est donc à dépasser, il faudra considérer cette nouvelle orientation énergétique. Certes, l’ADER, Agence de Développement de l’Electrification Rurale, a engagé 4,3 millions d’Ariary pour électrifier 192 villages ruraux et 42 autres sont en cours ! C’est encore quelques gouttes d’eau dans l’océan !
Sachez que, pour terminer, je fais appel à votre esprit de discernement. Au moment présent (début janvier), les besoins énergétiques de Tamatave est de 24 mégawatts et les 18 mégawatts seulement, sur les 24 sont assurés !
Nous n’avons plus qu’un vœu pieu !
Que les lumières reviennent et qu’elles se propagent aux confins de la brousse malgache ! »