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Déclic – Le lycée français de Fianarantsoa, primé pour sa biographie de P. MEN, rejoint l’équipe de conception

La biographie de P. MEN que les élèves malgaches découvriront prochainement grâce à "Déclic" a été rédigée par la classe de Seconde du lycée René Cassin (AEFE) de Fianarantsoa, dans le cadre du concours « Paroles de Presse ». Elle a obtenu le deuxième prix mondial dans la catégorie Lycée.

19, octobre 2012. par | Webmestre 0 commentaire(s).


Cet article a été rédigé par la classe de Seconde du lycée René Cassin (AEFE) de Fianarantsoa, sous la responsabilité de M. Saint-Guilhem, professeur de Lettres. Il a été réalisé dans le cadre du concours « Paroles de Presse » proposé à tous les élèves du réseau AEFE des établissements français à l’étranger et a obtenu le deuxième prix mondial dans la catégorie lycée. Les résultats ont été promulgués en mars 2012 au musée du Quai Branly à Paris.

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Ilakaka, mine de saphir (1999)

Un Men pas comme les autres – Appareil photo au cou, pellicule en poche, cheveux poivre et sel, barbe naissante. C’est bien lui. Fils, frère, ami, peintre, mari, père, et bien sûr photographe, cet homme est aussi libre qu’un oiseau sauvage. Né à Madagascar, son enfance n’a pas été des plus simples : orphelin de mère à 8 ans, prédestiné à reprendre le commerce familial, il joue le « vilain petit canard », rompt avec son père et se lance corps et âme dans la passion qui se dévoile peu à peu : la photographie.

Une histoire de rencontres – Ce sont les rencontres qui ont construit sa vie. Rencontre de l’adolescence, tout d’abord, quand son professeur du lycée jésuite Saint François Xavier à Fianarantsoa invite le peintre abstrait malgache Noel Razafintsalama. De là naît l’envie irrésistible de créer.

Le déclic – Dès lors, il prend des photos de paysages ; ces clichés ne sont pour lui que des modèles qu’il copie pour faire des peintures. Rencontre encore, quelques années plus tard, d’une petite fille qui pénètre dans son modeste labo de photo. C’est le déclic. Pourquoi peindre ? Le cliché qu’il prend de la petite fille avec son lambahoany sera le premier à paraître dans les journaux, le premier d’une longue série. Il comprend que la photo ne ment pas. Son cœur abandonne le pinceau et bascule vers l’objectif.

Le défi – Lors d’une première expo à Antananarivo, il remet son futur entre les mains, ou plutôt les yeux, de ceux qui regarderont ses premiers clichés. Le succès est immédiat : « je vais continuer ! ». Notre homme aime les défis. Il venait de relever celui qui décida du reste de sa vie.

Et rencontres encore et toujours, au quotidien : des confrères, des passants, des modèles, des gens à aimer…

Clic, clic, qui est là ? – Pierrot a su se faire le témoin de la réalité de son pays. La photographie, « c’est une manière de vivre, ma façon de respirer, l’essence de ma vie ». Il insiste sur le fait que la photo doit venir du cœur. « On ne sort pas dans la rue pour photographier telle ou telle chose, la photo doit venir d’elle-même ». On comprend avec Men, qu’on ne photographie bien que ce qu’on connait. Il reste tant à voir à Madagascar ! Pierrot capture les scènes quotidiennes les plus simples. La photographie est un partage. « A partir du moment où les photos sont montrées, elles ne m’appartiennent plus ».

Noir et blanc, ou l’art du hasard – Pourquoi le noir et blanc pour représenter le quotidien d’un pays si coloré ? Le hasard. Un hasard qui remonte au temps où l’unique labo de développement couleur était à Tananarive. Pierrot avait confié une précieuse collection d’images des célèbres allées de baobabs… toutes perdues, effacées accidentellement par le fameux labo ! Cette catastrophe marque un nouveau départ. Dans son petit labo fianarois, Pierrot décide de développer lui-même ses négatifs et en noir et blanc ! L’erreur (humaine) mène Men à revisiter son art. Finalement, il réalisera que « le noir et blanc révèle mieux l’âme d’un peuple… ».

Tel père tel fils ? Question de point de vue – Quoi de plus normal pour un père de vouloir initier ses enfants à sa passion, celle qu’il appelle même sa « deuxième épouse », et à qui il voue une fidélité sans faille depuis 35 ans ! Lorsque son premier fils a 5 ans, l’artiste lui confie un appareil, et lui donne un sujet. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que la photo de son bout de chou est meilleure que la sienne ! Jaloux ? Ce n’est pas le genre de notre homme aux photos d’or ! Il faut faire des erreurs ! Pierrot découvre ainsi que la photo de son fils est meilleure car prise d’un angle différent, à sa hauteur de petit Men ! Il ne veut rien imposer ; aujourd’hui, son fils ne peut d’ailleurs plus voir d’appareil photo … ni en peinture, ni en photo ! Et son père s’en amuse.

Eclair dans la brume, mon ami Pierrot – Ruelles enfumées, maisons de briques enveloppées de vapeurs, zébus, chaumières dans les brumes, silhouettes dans les brouillards… force est de constater que les floutés vaporeux reviennent souvent dans les clichés de Pierrot Men. Hypothèse pour expliquer ce penchant pas net ? Lors de la mort de sa mère, ses yeux d’enfants avaient été fascinés par la beauté de celle qui reposait dans le cercueil, immobile et recouverte de moustiquaire, dans une lumière diffuse. Le dernier souvenir qu’il gardera de sa mère sera ce visage trouble et magnifique sous le tissu. C’est une amie qui lui fit la remarque récemment. Durant sa vie de photographe aurait-il mis toute son énergie à retrouver l’émotion de cette vision sublime d’une chronique d’enfance ?

Un infatigable timide – Né en 1954, il se sent encore en âge de profiter de la vie en découvrant la diversité culturelle et sociale malgache. Pour partager, rencontrer, échanger. Malgré cet élan de toujours, il se sent timide, même après autant d’années de métier, lorsqu’il s’agit de regarder quelqu’un dans la rue pour lui confisquer « son moment ». Son rêve reste toujours le même : devenir photographe ! Guetter, attendre, observer la lumière, et par un geste instinctif, prendre le cliché à jamais gravé dans la mémoire. « C’est le geste qui dit que j’ai senti quelque chose ».

Y’a pas photo – L’artiste se fait sage. Un conseil ? Se faire plaisir. Photographier quoi ? Ce qui nous plaît, tant que la photo vient du cœur… Une belle photo, c’est une photo qui touche. A Fianarantsoa, y’a pas photo, Pierrot est un héros … au cœur simple, à lire et relire dans la brume de ses noirs et blancs.

Contact : pieromen@moov.mg – Site : www.pierrotmen.com